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Le partenaire idéal ou l'inconnu magnétique : et si notre désir avait décidé de n’en faire qu’à sa tête ?

  • Photo du rédacteur: Sophie Crebois
    Sophie Crebois
  • il y a 11 minutes
  • 3 min de lecture



Et si notre boussole amoureuse prenait un malin plaisir à saboter nos plans les mieux préparés ?


Nous avançons toutes et tous dans la vie avec une petite liste de critères soigneusement rangée dans un coin de notre tête. D’un côté, le partenaire idéal sur le papier : beau, attentionné, drôle, intellectuellement compatible… bref, celui ou celle que nous sommes censés désirer. De l’autre, cet inconnu qui ne coche aucune de nos cases, qui nous laisse parfois parfaitement indifférents au premier regard, mais pour qui notre corps, lui, semble avoir reçu une tout autre feuille de route.


Parce que le désir est un électron libre. Il adore les contradictions, les détours et, surtout, nous rappeler qu’il n’a absolument pas l’intention de remplir notre questionnaire.

C’est ainsi que nous pouvons rester parfaitement raisonnables face au partenaire idéal… et perdre tout sens commun devant quelqu’un que notre cerveau avait pourtant classé dans la catégorie « absolument pas mon genre ».


Certains de mes patient(e)s se questionnent

« Pourquoi ne ressens-je rien pour cette personne qui a pourtant tout pour me plaire ? Et pourquoi suis-je attiré·e par celle qui, objectivement, ne correspond à rien de ce que j’avais imaginé ? »

La réponse est peut-être justement là : parce que le désir n’est pas objectif.


La guerre secrète des odeurs

Une partie de ce paradoxe pourrait se jouer bien avant que notre cerveau ait eu le temps de donner son avis.

Notre corps possède ses propres radars sensoriels, et l’odorat en fait partie. La célèbre expérience du « T-shirt sué », menée par le biologiste Claus Wedekind en 1995, a notamment exploré la manière dont certaines préférences olfactives pourraient être liées à la compatibilité immunitaire, notamment autour des gènes HLA.

Autrement dit, avant même que nous ayons eu le temps de nous demander si cette personne est séduisante, intéressante ou « faite pour nous », notre cerveau pourrait déjà avoir enregistré quelques informations à notre insu.

Ce qui expliquerait en partie pourquoi la machine érotique peut rester désespérément silencieuse face à quelqu’un qui semble cocher toutes les bonnes cases. Et pourquoi, à l’inverse, une personne totalement inattendue peut provoquer ce petit quelque chose que la raison est bien incapable de justifier.


Mais la chimie n’est pas seule aux commandes

Car si le corps a ses mystères, l’inconscient n’est pas franchement plus raisonnable.

En psychanalyse, l’attirance ne se construit pas uniquement autour de critères rationnels. Une voix, une façon de regarder, une posture, une fragilité, un détail presque imperceptible peuvent venir réveiller quelque chose de notre propre histoire.

Parfois, ce qui nous attire n’est donc pas ce que nous avions décidé de rechercher, mais ce qui, quelque part en nous, résonne.

Et c’est peut-être là que le scénario devient vraiment intéressant.

Parce qu’un partenaire « parfait », trop rassurant, trop conforme à nos attentes, peut parfois laisser peu de place à cette tension, à cette part d’inconnu qui nourrit aussi le désir.

À l’inverse, face à quelqu’un que nous n’avions pas imaginé désirer, quelque chose peut se déplacer. Nous avons moins à prouver, moins à contrôler, moins à faire correspondre la réalité à notre idéal. Et lorsque le mental desserre enfin son étau, le corps peut reprendre la parole.


Déposer les armes de la logique

Peut-être que nous passons finalement beaucoup trop de temps à vouloir intellectualiser ce qui, par définition, nous échappe.

Le désir n’est ni une équation mathématique, ni un catalogue dans lequel il suffirait de cocher les bonnes cases. Il aime le mystère, les surprises, les contradictions et parfois même les très mauvaises idées… qui, sur le moment, ressemblent aux meilleures.

Accepter de ne pas tout comprendre — pourquoi nous ne frissonnons pas devant l’idéal ou pourquoi nous brûlons pour l’improbable — peut déjà nous permettre de faire la paix avec ce que nous ressentons.


L’intimité commence peut-être précisément là : lorsque nos listes s’effacent et que nous cessons de demander à notre désir de justifier ses choix.

Alors, peut-être devrions-nous faire un peu plus confiance à cette petite voix silencieuse qui sait parfois avant nous.

Après tout, les plus belles histoires d’amour sont souvent celles dont notre raison aurait refusé de signer le scénario.


Notes bibliographiques pour cet article : Wedekind et al., 1995 ; Perel, 2006 ; Nagoski, 2015.

Sophie Crébois-Perdriau

Cabinet de Sexologie et de Psychanalyse

15 rue François Mouthon - 91380 Chilly-Mazarin

06 35 30 13 27

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