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Derrière l'écran : Quand le virtuel pirate la performance de nos nuits

  • Photo du rédacteur: Sophie Crebois
    Sophie Crebois
  • il y a 20 heures
  • 2 min de lecture


Et si le plus grand bug de notre intimité était de vouloir calquer nos réalités charnelles sur un scénario écrit pour des pixels ?


De nos jours, le porno s’est invité de façon quasi universelle dans les trajectoires de vie, s'imposant parfois comme un manuel d'éducation sexuelle par défaut. Au cabinet, je constate chaque jour à quel point la pression de performance invisible est omniprésente. Les hommes s’inquiètent d’une mécanique qui doit être infaillible, instantanée et athlétique. Les femmes, elles, se sentent sommées d’incarner des rôles stéréotypés, esthétiquement parfaits sous tous les angles, où le plaisir doit être bruyant et immédiat.


Confondre le porno avec la sexualité réelle, c'est un peu comme regarder un film d'action pour apprendre à conduire une voiture en plein Paris. C'est troquer une rencontre authentique contre une cascade chorégraphiée.


Le mirage de l'automatisme mécanique

Le premier grand piège induit par ces images est la croyance en un automatisme du corps. À l’écran, le désir est immédiat, l'érection est imperturbable et la lubrification instantanée. La réalité est infiniment plus humaine, plus riche et... plus fragile. Le corps n’est pas une machine de foire sur laquelle il suffit d'appuyer pour obtenir un ticket vers le septième ciel.

Le désir et l'excitation sont des vagues subtiles, influencées par la fatigue, le stress ou une simple pensée parasite. En érigeant la performance technique comme seule mesure du plaisir, on coupe le lien avec ce qui fait la beauté de l'intimité : la réceptivité, la vulnérabilité et le droit à la maladresse. Le sexe n’a pas besoin de cascadeurs, il a besoin d’amants.


Le piratage de l'attention et des sens

D’un point de vue neurologique, l’exposition à ces scénarios standardisés sature le cerveau de dopamine en offrant des stimulations visuelles ultra-rapides. Le piège ? On habitue l'esprit à attendre une excitation immédiate et visuelle, au détriment des autres sens. On consomme du regard là où il faudrait ressentir avec la peau.

Sous la couette, le plaisir demande du temps. Il se nourrit du parfum de la peau, du rythme du souffle, de la texture des caresses et de la complicité d'un regard. Le porno propose une sexualité de consommation ; le couple a besoin d'une sexualité de relation. À force de vérifier dans notre tête si nous jouons bien notre rôle, nous oublions tout simplement de prendre notre pied.


Réhabiliter la réalité et le jeu

Se libérer de l'injonction de la performance ne signifie pas rejeter l'imaginaire, bien au contraire. Mais le véritable érotisme commence là où les scénarios préconçus s'arrêtent. Un couple qui s'aime et se découvre n'a pas besoin de suivre une chorégraphie millimétrée.


Le sexe réel est un espace d'exploration libre, parfois silencieux, parfois rieur, souvent imparfait, mais toujours authentique. L'orgasme n'est pas une ligne d'arrivée qu'il faut franchir en champion du monde, c'est un abandon qui ne s'épanouit que dans la confiance.


Alors, éteignons les écrans et rallumons nos propres sens. Après tout, les plus belles histoires d'amour ne sont pas celles qui se regardent à travers un écran, mais celles qui se vivent intensément, la peau contre la peau, dans la vérité de l'instant.


Notes bibliographiques pour cet article : Ley et al., 2014 ; Kerner, 2012.

Sophie Crébois-Perdriau

Cabinet de Sexologie et de Psychanalyse

15 rue François Mouthon - 91380 Chilly-Mazarin

06 35 30 13 27

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