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La vaisselle est-elle le nouveau préliminaire ?

  • Photo du rédacteur: Sophie Crebois
    Sophie Crebois
  • il y a 3 jours
  • 3 min de lecture


Et si le plus grand tueur de libido au XXIe siècle ne se cachait pas sous les draps, mais juste au fond de l'évier ?


On connaît tous la chanson. Un classique de la vie de couple, joué en boucle dans la plupart des foyers: il veut plus de sexe, elle veut plus d'aide. Aucun des deux ne semble parler la même langue, et pourtant, ils crient tous les deux le même besoin de connexion.

En tant que sexologue et thérapeute de couple, je ne compte plus les couples qui viennent me voir dans mon cabinet, frustrés par leur vie sexuelle — surtout après l'arrivée des enfants. Monsieur soupire : « C’est le désert total dans notre lit. » Madame réplique, les yeux cernés par les nuits hachées : « Je suis épuisée. » Et quelque part entre les tasses de café sales, la montagne de linge à plier, la charge mentale et le rituel du coucher, le désir s’éclipse discrètement par la sortie de secours.

Mettons les choses au clair : il ne s'agit pas de femmes qui « refusent le sexe ». Ce n'est pas une affaire d'hormones en berne, ni un manque d'amour soudain.


C’est une question d’équité.

Les recherches scientifiques sont de plus en plus claires : quand les femmes assument une part disproportionnée des tâches ménagères et du travail émotionnel, leur désir sexuel pour leur partenaire masculin diminue. Ce n'est pas un bug ou un problème chez elle. C’est simplement que le désir est une affaire de relation. Il ne grandit pas dans le vide ; il a besoin d'air, de complicité et de respect pour respirer.

Alors, si vous voulez rallumer la flamme, la solution ne se trouve peut-être pas dans la chambre à coucher. Oubliez un instant les bougies parfumées. Et si tout commençait plutôt dans la cuisine ?


Le mythe du « faible désir féminin »

Pendant des décennies, on a traité la baisse de libido féminine comme une défaillance individuelle. Un problème purement hormonal, psychologique ou une sorte de dysfonctionnement mécanique. On a prescrit aux femmes des médicaments, des crèmes à la testostérone, des exercices de pleine conscience et des compléments alimentaires magiques.


Et si le coupable était simplement la structure même du couple ?

La théorie suggère que nos vieux schémas hétéronormés et les inégalités de genre — en particulier cette fameuse répartition des corvées — agissent comme un véritable tueur à gages sur la libido.

Quand on y pense, c’est assez ironique. On attend des femmes d'aujourd'hui qu’elles soient des working-girls accomplies le jour, des mères parfaites l'après-midi, et des déesses du sexe la nuit. Mais comment peut-on avoir envie de jouer les séductrices en nuisette de soie quand on vient de passer trois heures à ramasser des chaussettes sales et à planifier les rendez-vous chez le pédiatre ?

Le désir a besoin d’un ingrédient secret : l'espace de la légèreté. Or, la charge mentale est le pire tue-l'amour qui soit. Elle remplit le cerveau de listes de courses interminables là où il devrait y avoir des fantasmes.


Alors, messieurs, un petit conseil de pro : si vous cherchez le point G de votre partenaire, il se trouve peut-être un peu plus haut que vous ne le pensez... juste au niveau de l'entraide et du partage des tâches. Finalement, un partenaire qui passe l'aspirateur ou gère le dîner sans qu'on lui demande, n'est-ce pas la chose la plus sexy qu'on puisse voir en couple ?

Dans le grand jeu de l'amour moderne, le secret d'une nuit torride ne tient parfois qu'à un torchon bien utilisé.


Notes bibliographiques pour cet article : Harris et al., 2022 ; Johansen et al., 2023 ; Mark & Lasslo, 2018.

 
 

Sophie Crébois-Perdriau

Cabinet de Sexologie et de Psychanalyse

screbois@gmail.com

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